JEAN-PAUL SARTRE.
Il l'adorait, je crois qu'il se reconaissait en lui. Sartre était un homme solitaire, il ne se liait pas facilement aux autres tout ça. Il avait des phrases genre L'enfer c'est les autres qui auraient pu sortir de sa bouche à lui. On m'a raconté qu'à son arrivée en seconde, pendant les heures de perm' qu'il avait, le temps de midi il lisait assis sur un banc son Sartre. Il coinçait le bouquin dans le pantalon et le dégainait à la moindre occasion. Il déteste les ordinateurs et en particulier Internet, il n'affectionne pas non plus la télévision. Il vit comme au siècle dernier, comme au temps de ce Jean-Paul d'ailleurs. Je m'égare. Du temps où nous étions proches, il me faisait allusion à tel bouquin de Sartre, me répétait ses phrases préférées. Je ne partageais pas sa passion, je n'avais jamais vraiment apprécié cet auteur que je jugeais imbus de lui-même, prétenteux et anti-social. Il me répondait toujours C'est ça le génie. C'était un génie. J'aquiesçais sans aucune conviction. C'est seulement lorsqu'il m'a abandonnée, que je me suis documentée sur lui. Que je me suis renseignée sur toutes ses oeuvres, toutes ses phrases choc genre On n'est pas un homme tant qu'on n'a pas trouvé quelque chose pour quoi on accepterait de mourir. ou Chaque homme doit inventer son chemin. ou celle-ci aussi Ce qui est terrible, ce n'est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. J'ai vu le génie trop tard. J'aimerais des petites choses futiles comme cela, comme aller le voir et lui dire Je m'étais trompée sur Sartre. Mais non, je peux pas. J'peux pas lui souhaiter son anniversaire c'est pas pour lui dire que je me suis trompée sur son auteur préféré. S'il savait, il y a des fois où j'aimerais remonter le temps.
Je t'aime, c'est suffisant.